Billet 1 : Il était une fois...

Ce résumé est volontairement non exhaustif, par respect pour la vie privée de mes proches, du fait de certaines choses qui seront abordées dans d'autres billets, d'oublis... Bonne lecture.

A 0 an j'ai un grand frère trisomique, des parents qui affrontent une société ignorante du sujet.

A 3 ans je vois un pédopsy, je veux sauver le monde.

A 4 ans j'ai une soeur qui rejoint la famille.

A 5 ans je revois un autre pédopsy, je veux trouver un médicament pour soigner mon frère.

A 6 ans je déménage à la campagne, je perds mon seul ami, internet n'existait pas. J'intègre une nouvelle école en CP, je vais lire avec la classe de CE1 car je sais déjà lire. Mon père me lisait les commandes MSDOS pour lancer les  jeux. Et par intérêt, j'ai appris pour le faire moi même et comprendre les textes dans les jeux. Je commence la guitare. 

A 11 ans je rentre au collège, quitter enfin la primaire pour me retrouver noyé dans une masse de personnes dont je ne trouve pas vraiment d'intérêt. Je n'étais déjà pas à l'aise avec les autres, encore moins maintenant. Je ne comprends pas pourquoi les gens sont injustes et méchants, pas tous certes, mais cela prend beaucoup de place. Mais le problème doit venir de moi, j'essaie de rentrer dans le moule.

A  12 ans je ne supporte plus du tout l'injustice et commence à le faire savoir. Je me déchire entre révolte, rejet et conformité. Quand tu n'as comme repères que ce que tu as autour de toi, le problème c'est toi. Et comme personne ne parle de choses que tu vis, tu te dis que tous les autres le vivent mais qu'on ne doit pas en parler.

A 15 ans j'arrive au lycée, je pense que le pire est passé, le moule inconfort devrait être plus lâche. J'ai quelques amis et je ne veux plus me faire du mal à essayer d'être populaire ou reconnu dans l'établissement.

A 16 ans je vais au lycée la boule au ventre, ma classe est horrible, des égos et égocentrés bien trop gigantesques qui écrasent les autres. Je ne suis pas bien du tout, je redouble ma première, même en bossant, ce que je n'avais jamais eu à faire depuis ma naissance. Je n'ai quasiment aucun souvenir de cette année.

A 17 ans je rencontre de nouveaux amis, tisse des liens, reprends plaisir à aller en cours, les notes sont bonnes et je retrouve les habituels "n'exploite pas ses capacités" sur mes bulletins scolaires.

A 19 ans je rencontre ma femme, j'ai mon bac de justesse, je ne voulais pas plus, je n'ai pas bossé. La vie étudiante commence alors. J'entre en école d'ingénieur sur tests, j'y reste un an, je ne peux pas supporter certains profs qui écrasent les élèves et créent un climat de peur et de pression.

A 20 ans je pars en collocation pour intégrer une école d'art. Je découvre les joies et les galères de cette période. Heureusement, l'ADSL est disponible pour moi. Je me nourris de séries US et UK. Mais, le plus important, j'y découvre des gens "comme moi", des gens avec qui le feeling passe tout de suite, on se comprend sans avoir fini nos phrases... 

A 25 ans je deviens père. Je n'arrive pas à me stabiliser dans un travail, l'ambiance me fait partir à chaque fois. l'humeur change, les phases de dépression sont plus fortes, je prends conscience que j'en fais depuis des années, je vais voir des psychologues...

A 28 ans je suis père une seconde fois. Les phases de dépression sont beaucoup moins présentes, et pas grâce aux psy... je tourne en rond avec eux.elles durant les séances, m'obligeant à refaire le bilan de ma vie, n'ouvrant jamais de portes, de pistes... mais je commence à moins sourire, rigoler, trouver de la motivation pour voir des gens, trouver du travail, voyager...

A 30 ans j'apprends la maladie de mon père. Je la refuse, cherche toute piste qui pourrait écarter le pronostic car elle ne se développe pas de manière classique.

A 33 ans je fais le deuil de mon père mais nous avons pu nous marier deux mois avant son départ. Je vais mal, pas seulement à cause du décès, j'ai fait le deuil en deux jours, mais je sombre de plus en plus moralement.

A 34 ans on se questionne sur les capacité de notre fils, je découvre que je suis HPI avec un profil hétérogène. Je passe 3 jours à refaire le parcours de ma vie, je trouve des explications à des regrets, des déceptions... je libère un poids. Je découvre une vérité : "vous ne pouvez pas demander aux autres de comprendre la manière dont vous percevez le monde, c'est à vous de faire l'effort" dixit la neuropsy qui a fait mon bilan. Un bref soulagement, je comprends mieux certaines choses.

A 38 ans j'apprends que j'ai des TDAH avec une hyperanxiété associée. Je commence à prendre de la Ritaline, je découvre ce qu'est la vie sans angoisses et un cerveau où c'est moins le bordel. Je vais un peu mieux, je découvre les limites de mes capacités et j'apprends à composer avec. Et pourtant quelque chose ne va toujours pas.

Je rencontre une psychiatre qui vient de s'installer dans ma ville. Je deviens son patient pour le suivi de mon TDAH. Elle est douée, formée, et je sens qu'elle sait comment m'accompagner. En une heure, je fais plus que toutes les séances psy que j'ai pu faire par le passé. Un mois entre chaque séance est beaucoup trop long, je veux que ça progresse, j'ai l'impression qu'elle a perçu quelque chose. A la fin d'une séance, elle me demande de chercher l'origine de ma colère, celle qui est profonde, car elle note COLERE sur chacune de nos séances.

Elle a mis le doigt sur quelque chose. Mon cerveau bug. Je n'en ai pas conscience mais je sais qu'il cherche. A partir de ce moment là, pendant 10 jours, je ne suis pas disponible, mon humeur n'est pas stable, j'ai des absences, je me réveille dans la nuit et ne peux me rendormir, mon cerveau n'arrête pas. Le plus frustrant est de savoir que c'est en lien avec ce qu'elle a pointé et de ne pas accéder au processus de réflexion qu'il a lancé depuis ces mots.

Puis, au 11e jour, il a posé un pavé sur la table et m'a dit:

"Tiens ! J'ai fait le bilan, j'ai creusé partout, je pense que c'est ça. A ton tour, conscientises les choses."

J'ai volontairement omis une chose dans mon parcours: Je n'ai jamais aimé mon corps, ma voix, mon visage. Et j'en ai conscience depuis petit. Pour le reste, je prends une claque et le résultat est évident:

Je fais une dysphorie de genre...









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